Il y a quelques temps, je découvrais avec curiosité et appréhension Le voyage d’hiver, le premier roman que je lisais d’Amélie Notohomb. Comme je le disais, j’avais beaucoup hésité à entrer dans son univers, tant il me paraissait éloigné des lectures que j’ai pour habitude de bouquiner. Finalement, ce roman m’avait plu, convaincue en quelque sorte d’en lire un autre de sa plume.

Lorsque j’ai aperçu lors de la rentrée littéraire de cette année Barbe bleue,  je me suis dis que c’était l’occasion de côtoyer à nouveau ses mots. 

« La colocataire est la femme idéale »

Barbe Bleue, Amélie Nothomb

 Barbe bleue, Amélie Nothomb, Albin Michel, 22 août 2012

Mon avis : Bien évidemment, je connais le classique de Perrault mais l’histoire qu’Amélie Nothomb propose ici est vraiment époustouflante. Les phrases couraient sous mes doigts, les pages se tournaient sans s’arrêter, je n’ai pu cesser qu’une fois arrivée au point final.

J’ai été happée par le récit, par son tourbillon, les évènements, la rencontre de Don Elemirio et de Saturnine, le champagne, les oeufs, les couleurs…sans oublier le mystère qui plane sur l’espagnol. Est-il vraiment à l’origine de la disparition des huit colocataires précédentes ? Qu’en est-il réellement ? Saturnine se laissera-t-elle impressionner par sa réputation ?

Je laisse le plaisir de savourer cette lecture. Je l’ai beaucoup aimé, elle est riche de vocabulaire, de dialogues et de pensées. Elle laisse entier le secret du personnage masculin afin d’aiguiser finement le suspense, de donner l’envie d’en savoir toujours plus. C’est bon, c’est beau et c’est entraînant.

Je vous le conseille si...vous souhaitez obtenir une approche différente du conte classique que vous connaissez, d’entrer dans l’univers de l’auteure et de prendre part à un récit ne manquant pas de piquant, de justesse et d’éclat.

Extrait : « Saturnine rejoignit ses appartements et enleva sa jupe. C’est alors qu’elle remarqua la doublure du vêtement : don Elemirio avait choisi une étoffe jaune d’une délicatesse sans exemple. Elle se rappela son propos sur le jaune et l’or, et bien malgré elle, quelque chose grippa sa mécanique. Elle s’assit sur le lit et caresa la doublure. Une transe d’une subtilité déchirante s’empara d’elle. Elle retourna la jupe de manière à faire rendre gorge à ce jaune. L’habit écorché montra ses tripes sublimes. La douceur de ce tissu exaspéra les mains, puis les joues, de l’éberluée. À observer le travail du couturier, le point témoignait d’un équilibre idéal entre maîtrise et émotion. La jupe était parfaitement doublée, mais il était facile de déterminer des zones de trouble à la courbe de la hanche, au creux de la taille. La jeune femme se souvint de l’impression d’étreinte qu’elle avait éprouvée en refermant le vêtement sur son corps, quelques heures plus tôt. Existait-il un chamanisme de la machine à coudre ? »

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