Les portes qui grincent. Qui s’ouvrent, qui se ferment. Des pas légers, appuyés, fermes. Le bourdonnement de la télé. Celui de la radio. Une autre vie qui semble s’écouler, paisible, tranquille. Libre. Une autre vie si proche et pourtant si lointaine de la mienne. Quelques mots de respect, de politesse. Quelques mots habituels. Mais plus de confidence. Plus de complicité. Une distance qui s’est instalée, comme un mur invisible. Comme un barrage infranchissable. La peur de parler. De s’égarer dans ce qu’on va dire. Et pourtant cette envie si profonde. Elle est encore réelle, bien qu’enfouie, tout au fond de mon être. Une envie qui se cache derrière les angoisses, les mots difficiles, les souvenirs qui peinent à s’effacer. Et pourtant il y en a eu des bons. Des teintés de soleil et de chaleur. Ils sont ternis par les autres. Ils s’efforcent de trouver leur place parmi un amas de phrases qui écorchent, de mots qui blessent, de larmes qui coulent. Ils voudraient prendre le dessus, montrer qu’ils sont les maîtres. Qu’il n’y a qu’eux qui comptent. Que c’est grâce à eux qu’on avance dans la vie. Armés de force et de tendresse, bercés par de doux souvenirs.

Mon coeur est lourd. Mon corps est proche et pourtant si éloigné. Mon âme voudrait avancer, raccorder ces vies, repriser ces noeuds. Qu’est-ce qui l’en empêche ? Comme si parler n’était plus possible, comme si dire quelques mots allaient faire mal. J’ai l’impression de ne plus savoir faire, ou plutôt comment bien faire. Comme si on m’avait caché le mode d’emploi. Comme si on ne m’avait jamais expliqué comment s’y prendre. Avec douceur, avec compassion. Mes gestes trahissent-ils un souvenir que ma gorge a du mal à avaler ? Cela paraît si simple et si compliqué à la fois. Parfois, il n’y a qu’un pas à faire. Qu’un mot à dire. Mais attention à bien le choisir. Il faut y réfléchir, consciencieusement. Il faut trouver le bon. Celui qui ouvre à la discussion et au pardon. Celui qui permet de tourner la page et de repartir sur de bonnes bases.

Je le voudrais tant. Je l’espère sincèrement. Même si je n’ose presque plus. Même si mes paroles sont devenues superflues. J’observe, j’essaie de me faire discrète, de ne pas être un poids. J’aimerais aller de l’avant, discuter comme si de rien n’était. J’aimerais que tout reparte, faire table rase du passé. J’aimerais…ne plus être cet autre invisible.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !