Un matin sur la terre, Christian Signol

Un matin sur la terre, Christian Signal, Le livre de poche, 30 septembre 2009

Résumé : A quoi peuvent songer trois soldats dans le petit matin glacial du 11 novembre 1918, à l’aube d’un armistice dont ils ne savent rien encore ? Un fils de notaire du Périgord, un instituteur du pays cathare et un ouvrier parisien qui n’auraient jamais dû se rencontrer, trois hommes jetés dans l’enfer et qui se raccrochent désespérément au souvenir de leur vie d’avant pour ne pas sombrer.

Les yeux fermés, ils se souviennent de ces heures de paix lumineuses qui donnaient un sens à l’amour et à l’insouciance. L’ordre arrive enfin : le cessez-le-feu interviendra à 11 heures. Si près de la délivrance, Pierre, Ludovic et Jean imaginent l’émotion de leurs femmes, de leurs enfants, de tous ceux qui les attendent au pas et se réjouissent sûrement de leur retour prochain.

Encore quelques heures à tenir, et la vie sera si belle.. Cinq heures, une éternité, où leur destin va se jouer.

Mon avis : Je connaissais déjà l’auteur de nom, l’ayant aperçu sur quelques blogs et vu, entendu dans certains médias. Tôt ou tard, j’aurais probablement fais connaissance avec sa plume afin d’entrer dans son univers et de découvrir ses romans. C’est désormais chose faite, grâce à une bienheureuse personne qui m’a prêté ce livre.

Dès le départ, le résumé de ce roman m’a accroché et pourtant c’était loin d’être gagné : en effet, la plupart des récits sur les horreurs de la guerre ou autres calvaires humains de l’histoire me touchent énormément, mettant à rude épreuve mes émotions ( cela a d’ailleurs été le cas avec Elle s’appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay).

Il n’en est rien ici et cette idée de compte à rebours de fin de première guerre mondiale m’a séduite. C’est effectivement l’histoire de ces 3 soldats qui est contée, la construction de leur vie, leurs rencontres, ce qui les a marqué, les a rendu forts et résistants. Tous ces souvenirs, toutes ces richesses de leur histoire personnelle représentent une barrière face au quotidien des tranchées : c’est même un bouclier et un refuge. Car la question essentielle qui se pose est la suivante : comment tenir psychologiquement chaque minute, chaque seconde dans un environnement hostile où la vie peut s’envoler à tout moment ?

Leur mémoire est leur porte de sortie, leur planche de survie : ils s’y accrochent dur comme fer, essayant de se remémorer les plus heureux, les plus marquants, les plus beaux souvenirs à leurs yeux. Ce serait comme tenter d’inverser la vapeur, de mettre un instant le présent sur « pause » pour tenir encore quelques heures, la fin étant toute proche. Puisque même s’ils savent que cette guerre sera imprimée de façon indélébille dans leurs vies, ils possèdent chacun une raison de continuer, de survivre jusqu’au bout.

De plus, on retrouve dans chacun de leurs bribes de vies le ressenti de leurs femmes, la manière dont elles aussi ont vécu les séparations, les retrouvailles lors des permissions, comment elles ont continué en leur absence, pendant ces quatre longues années. Ce qui rend l’histoire belle et unique est, j’ai trouvé,  l’écriture de l’auteur, sa façon personnelle de relater les liens forts entre les personnages, leur passé, leur présent et leur futur proche.

Je vous le conseille si…vous souhaitez plonger dans une histoire d’une rare beauté, mêlant contexte historique et amour, souvenirs et tendresse.

Extrait :  » 9 heures 30

Les obus continuaient de tomber à intervalles réguliers, avec une application têtue, et le froid était toujours aussi vif. Les trois hommes, toujours serrés les uns contre les autres, essayaient de ne pas trop bouger, afin de garder le peu de chaleur que leurs corps emprisonnaient. Et pour y parvenir plus facilement, Pierre Desforest se forçait à penser à l’été, aux beaux jours, à sa première permission, la veille de la Saint-Jean, dans l’odeur des foins coupés, des chars qui rentraient le soir, cahotant sur les chemins, prolongeant dans la paix, le silence, la sensation d’un bonheur ancien mais aujourd’hui interdit. « 

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